blue dragon figurine on display at expo

G.R.R. Martin et The Winds of Winter : Génie incompris et « chantier » à l’abandon ?

C’est une question qui hante les rayons de fantasy depuis le 12 juillet 2011. Ce jour-là sortait A Dance with Dragons, le cinquième tome du Trône de Fer (A Song of Ice and Fire). Depuis ? Le silence médiatique est entrecoupé de promesses qui ressemblent de plus en plus à des mirages.

Aujourd’hui, cela fait 15 ans (presque 20 ans de « teasing » si l’on compte les premières annonces) que les fans attendent The Winds of Winter. Et la polémique a repris de plus belle sur les réseaux : George R.R. Martin nous doit-il la fin de son histoire, ou est-il simplement un créateur qui a le droit de passer à autre chose ? Surtout quelle leçon peut-on en tirer à notre échelle ?

Plongeons ensemble dans ce dossier où l’admiration vire parfois à la sensation d’avoir été floué.

L’Everest High Fantasy

Pour être honnête, certains défendent Martin, et leurs arguments s’entendent. Écrire une saga d’une telle complexité, c’est gravir l’Everest !

On ne parle pas d’une « petite » romance de 200 pages (même s’il n’y a pas de roman plus facile à écrire que d’autres, en soit chaque auteur a son rythme). On parle de dizaines de points de vue, de généalogies croisées et d’une intrigue si dense que le moindre faux pas peut tout effondrer. Certains disent : « On ne sait pas ce que c’est d’écrire de la High Fantasy, laissons-lui le temps. » Après tout, nous ne saurions pas, nous commun des mortels, ce que représente l’écriture d’une oeuvre comme Le trône de fer. Quand bien même serions nous auteur nous sommes peu nombreux à avoir publié des oeuvres complexes. Je n’ai certes jamais écrit des livres aussi volumineux que le Trône de Fer, mais cela ne veut pas dire pour autant que j’ignore les difficultés d’une telle oeuvre. Bien au contraire, je les connais et je reconnais que c’est un exercice périlleux ! Pourtant 20 ans, c’est long !

A ce propos, d’autres citent des auteurs beaucoup moins connu qui mettent 20 ans pour sortir deux livres parce qu’écrire c’est complexe, mais surtout cela demande du temps et le temps nous ne l’avons pas.

Peut-on vraiment comparer l’auteur « lambda » et un auteur comme Martin ? Je ne crois pas !

Un auteur comme les autres ?

C’est là que le bât blesse. Si Martin était un auteur qui luttait pour joindre les deux bouts ou qui n’avait que ce projet pour vivre, la situation serait différente. Mais Martin est un auteur à plein temps. Il n’a pas jonglé entre l’écriture, l’éducation des enfants et un ou plusieurs emplois pour pouvoir payer ses factures. Ce n’est pas un auteur qui fait un autre métier. C’est là où sa situation est incomparable ! C’est aussi ce qui dérange les gens qui trouvent qu’il met trop de temps pour écrire son livre.

Le manque de temps ? C’est une excuse qui ne tient pas, Martin a le luxe de pouvoir choisir ses priorités. Et force est de constater que ses priorités sont partout… sauf à Westeros en compagnie de Jon Snow, Daenerys et Tyrion :

  • Le jeu vidéo Elden Ring (dont il a créé l’univers).
  • La série House of the Dragon (adaptée de Fire & Blood, qu’il a écrit entre-temps).
  • La production de séries comme Dark Winds ou Nightflyers.
  • Des livres annexes comme Les fils du dragon.

Depuis 2011, il a été incroyablement prolifique. Alors, quand on nous dit qu’il a peut-être des problèmes de santé ou de maison d’édition, l’argument s’effondre. Un auteur physiquement incapable de concevoir n’aurait pas bâti autant d’empires en parallèle. Il a l’argent pour les meilleurs avocats pour les questions juridiques. S’il ne finit pas, c’est qu’il ne le veut plus ou ne souhaite plus faire de ce livre une priorité.

Le poids de la dette : Les fans ont fait le Roi

Il faut se rappeler qui était George R.R. Martin dans les années 80 et 90. C’était un scénariste de télévision (La Belle et la Bête), un auteur de SF talentueux, mais il n’était pas la superstar planétaire d’aujourd’hui.

Ce sont les fans de la première heure qui ont porté cette œuvre. Sans cette communauté, il n’y aurait jamais eu de série HBO, ni cette fortune. Il est donc légitime que ces mêmes lecteurs se sentent floués. Car si un créateur ne doit techniquement rien à son public, il lui doit au moins une chose : l’honnêteté.

Le respect du temps et la métaphore du « chantier »

Tu sais à quoi cela me fait penser ? Aux histoires que j’entends parfois dans l’émission de Julien Courbet, Ça peut vous arriver. Tu sais, ces entrepreneurs qui sont payés pour faire des travaux et qui ne viennent jamais. Ils font croire pendant des mois au client qu’ils vont venir achever le chantier, alors qu’en réalité, ils ont déjà la tête (et l’argent) ailleurs.

Martin entretient le flou. On peut comprendre qu’il en ait marre de Westeros après 30 ans. Mais au lieu de nourrir les fans de boniments, il serait plus noble de dire : « J’ai abandonné le projet ». Faire perdre du temps à des milliers de personnes avec des faux espoirs, c’est une « petite arnaque » émotionnelle. Et ça me rend dingue de voir des gens le défendre sans comprendre que pour un lecteur, se sentir floué après avoir investi 20 ans de sa vie dans une saga, c’est une douleur réelle. Une douleur qui n’enlève en rien le droit à l’auteur de se consacrer aux oeuvres qu’il choisit.

Ma propre vérité : Le cas du « Prix de la Rédemption 2 »

Je vais être honnête avec toi, car je ne veux pas faire du « Martin ». Cela fait longtemps que je te dis que je veux écrire Le Prix de la Rédemption 2. Mais la vérité, c’est que je suis bloquée. Je n’y arrive plus !

Je sais ce que je voudrais raconter, mais j’ai un mal fou à retourner dans l’humour et la légèreté qui faisaient le sel du premier tome. Mon état d’esprit a changé, ma plume a évolué. Et au lieu de te « teaser » des dates de sortie fantômes tous les six mois, je préfère te dire ceci : je ne sais pas quand (ou si) il sortira. Parce que je te respecte trop pour te faire perdre ton temps.

Cette polémique avec G.R.R Martin m’a fait prendre conscience que comme je faisais la même chose ce n’était pas bien ! Certes l’échelle est très différente, mais c’est un manque de tact de ma part et je vais y remédier à présent que j’ai ouvert les yeux sur ma situation. En vérité, je manque d’honnêteté vis à vis de moi-même.

Que faire en tant qu’auteur ?

C’est là le plus important : ne fais pas de fausses promesses. Dire clairement : « Je pensais avoir les épaules pour ce livre, mais là non », ou « J’en ai marre de ce récit, je tourne en rond », ce n’est pas une justification, c’est une explication.

En soi, tu ne dois rien aux lecteurs, hormis le respect. Plutôt que de teaser nos histoires avant même de les avoir rédigées, attendons d’avoir le point final. Être honnête avec son public, c’est d’abord être honnête avec soi-même.

Et toi, qu’en penses-tu ? Est-ce que tu pardonnes à un auteur de laisser un chantier à l’abandon s’il est honnête, ou considères-tu que le contrat est rompu dès que le mensonge commence ? On en débat en commentaires.


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