Ah l’autoédition, quel vaste sujet si sensible, qui créer tellement d’émois. Publier son livre, ou ses livres, de cette manière ce n’est plus seulement être écrivain, c’est devenir son propre éditeur, faire ses propres choix, prendre des risques financiers (mais pas que) pour espérer gagner le jackpot (ou au moins retour sur investissement). Tellement d’auteurs et d’autrice défendent leur progéniture (leurs écrits) contre les détracteurs de cette forme de publication. Serait-ce le sujet de cet article ? Vais-je vous parler de tous ces auteurs et autrices qui harcèlent votre boîte mails avec leur projet ? Vais-je vous faire un comparatif des gains ? Vais-je vous expliquer combien les auteurs et autrices ont raison de défendre leurs livres, d’exiger des lecteurs commentaires positifs sur Amazon et 5 étoiles ? Vais-je soutenir ces autrices qui estiment que si un homme n’aime pas leur texte c’est à cause du patriarcat et que c’est misogyne ?
Malheureusement – ou heureusement – non.
Je vais vous parler de moi, de ce que je considère comme étant un échec. Je n’ai pas la prétention de savoir grand chose, ni d’apporter beaucoup au monde littéraire, d’autres font ça très bien et je suis du genre à rester à ma place. Cet article ne sera guère joyeux et il fait l’amer constat de mon échec.
Flashback :
Depuis l’âge de 12 ans, je souhaite écrire. Cela fut mon rêve durant tellement d’années que j’étais prête à tout pour me faire publier. Tout ? Non, pas à payer. L’édition à compte d’auteur n’est jamais intervenu dans l’équation, pas une seconde, même adolescente. Si j’avais grandis aujourd’hui, je pense que je n’aurais pas tenu 2 mois dans ce loisirs.
Je suis dyslexique, je fais des fautes, je ne suis pas la personne la plus cultivée qui existe, je ne lis pas les bons livres (comprendre les livres des auteurs et autrices autoédités et les phénomènes Booktok et co.), je ne m’intéresse pas aux bons sujets (le féminisme, le « gauchisme », la « justice sociale »… tout ça, j’ai donné lorsque j’étais jeune et m’a laissé un arrière-goût amer), je ne ressens pas non plus le besoin de m’insurger contre les personnes qui déprécient l’autoédition, étant convaincue que chacun à certainement ses raisons de penser ce qu’il pense, je ne me sens pas de me battre contre autrui. Je n’éprouve pas non plus le besoin de faire des publications constamment sur les réseaux sociaux, je ne cherche pas à avoir le plus de likes, d’abonnés, de commentaires. J’ai essayé cela mais ce n’est pas pour moi. J’aimais écrire, mais toute cette course à la vente m’a découragé. En réalité, tout le milieu littéraire m’a découragé et donné envie de tourner la page une bonne fois pour toute.
Mon parcours :
J’ai démarré l’écriture, il y a plus de 20 ans. J’ai toujours voulu être éditée par une Maison d’Edition, une grande ME comme on dit dans le milieu. Ce n’est absolument pas ce qu’il s’est passé. Comme tous, je crois, j’ai d’abord démarché des maisons à compte d’auteur sans le savoir. Je suis également tombée sur des maisons qui n’étais guère mieux que le compte d’auteur (On éditera votre livre si vous faites appel à notre correctrice…la facture s’élève à – roulements de tambour – 4000€. etc). Et j’ai fini par naïvement rencontrer mon éditrice. J’étais aux anges. Pensez-bien !
Rien ne s’est déroulé comme je l’espérais. Oserais-je dire qu’elle n’a pas fait son travail ? Non, puisqu’elle l’a fait, mais enfin, pas forcément le mieux qui soit. Mais voilà, quand on a des contrats on se doit de les honorer. Je suis vraiment déçue de cela. Déçue des résultats. Chacun de mes livres me déçoit. Je devrais reprendre les droits, après tout cela fait 3 ans que je n’ai eu aucune reddition des comptes (alors qu’il me semble que c’est une obligation légale mais enfin engager une procédure judicaire coûte de l’argent que je n’ai pas.). Je vais être transparente, je n’ai pas laissé tomber, j’attends juste d’aller mieux moralement et financièrement, pour me pencher là-dessus.
C’est ainsi qu’en 2021, j’ai eu le désir de me mettre à l’autoédition. Un peu pour faire comme tout le monde, un peu pour gagner plus d’argent, un peu pour faire mes propres choix et beaucoup parce que mon éditrice ne foutait pas grand chose et que je pensais pouvoir en faire autant – ce qui n’est pas faux. Oui, mais… L’autoédition coûte cher. Il faut faire des salons, des séances de dédicaces etc et je n’ai pas les moyens de faire des centaines de kilomètres pour vendre 3 livres. Je travaille un week-end sur deux et j’aime mon travail. En vérité, plus ça, plus je préfère être à mon travail qu’en salon.
Pourquoi ?
La concurrence constante entre les auteurs, ceux qui affichent fièrement leur recette (et dont je suis très heureuse) me découragent, ceux qui mentent pour se faire mousser me découragent plus encore. On vous fait croire que le milieu des auteurs sur les réseaux sociaux est bienveillant ! D’autant plus chez les autoédités. Que c’est l’entraide, le soutien, l’amitié qui prime. Laissez-moi rire. C’est un petit monde dictatorial, hypocrite, néfaste et en concurrence constante. Plus je me cognais contre ces murs épais, plus j’éprouvais le désir de fuir cette communauté toxique. (Attention, je ne dis pas que tout le monde est à mettre dans le même sac.)
Mais surtout, je n’aime pas l’autoédition. Je n’aime pas le travail d’éditeur. Choisir un graphiste, faire corriger son texte, avoir des Alpha, des Beta lecteurs, un coach, suivre des formations, apprendre à mettre son livre en page, le faire mettre en page, le publier, le promouvoir, le défendre etc… Mais bon sang de bonsoir, je n’ai pas signé pour ça ! Mon objectif dans la vie c’était d’écrire. Je voulais écrire des histoires, pas vendre des histoires.
Je voulais un bon éditeur pour ne pas avoir à m’occuper de la promotion, du marketing, de la vente, de la gestion des stocks, de la gestion des finances… Si j’avais su que j’aurais dû faire tout cela, j’aurais fait des études de marketing pas d’arts du spectacle. J’aime la culture, pas la culture d’entreprenariat. J’ai de l’énergie féminine en masse, pas d’énergie masculine. Cela ne m’intéresse pas de « vendre », de trouver les bonnes stratégies de vente, de rédiger des tunnels de vente, de faire du bon storytelling, d’inventer des stratégies à long terme, de concevoir des innovations radicales, d’établir la mission ou la vision de ma marque, etc Oh, n’allez pas croire que j’en suis incapable, ce n’est pas cela, c’est seulement que ce n’est pas le métier que je souhaitais exercer ! Je ne me voyais ni CEO, ni Business woman. Je me rêvais artiste.
« Mais la vie a tué mes rêves »
Pour paraphraser Claude-Michel Schönberg, je dirais que la vie a tué mes rêves. Aujourd’hui, je n’ai plus envie d’écrire. Aucun de mes textes ne me paraît digne. J’ai envie de brûler jusqu’au dernier de mes romans. Je n’arrive plus à écrire le moindre mot. L’autoédition est à mon sens un échec cuisant car c’est la preuve de mon manque de qualité, de mon manque d’imagination, de rigueur également. Si j’avais eu la moindre qualité littéraire, un éditeur de grande maison aurait repéré mon talent, voilà ce que je me dis. Je me dis également, que c’est un échec puisque ma seule ambition se transforme en autre chose.
Je voulais écrire, voilà que je me retrouve à devoir ouvrir ma boite. Franchement, comment ne pas voir cela comme un échec ? Bien entendu, l’on va me dire que je peux ainsi faire mes propres choix, mais je n’ai pas envie de les faire ces choix ! On va me dire que je gagne plus ! Haha ! Je dépense surtout plus d’argent, voilà la réalité. C’est un métier éditeur. C’est d’autant plus un métier quand il s’agit de sa propre plume. Alors oui, il y a les bêta-lecteurs, les sensitives readers, les alpha-lecteurs, les correcteurs … Alors d’une part tout ce beau monde se paie, d’autre part je ne suis pas convaincue de l’intérêt de ces gens. Oh, non, je ne doute pas de leur bonne foi, ni de leur utilité, mais entre le copinage, les opinions divergentes, les sensibilités des uns et des autres, je me demande si cela a un véritable intérêt de multiplier les avis. Et puis, n’oubliez pas quand il s’agit de notre travail, il est toujours nettement plus difficile de faire face à la critique et c’est encore plus véridique lorsque l’on rémunère la personne.
Si c’est pour payer pour se faire dire que notre histoire est nulle, autant allez voir un maitre de donjon. Je n’ai rien contre le masochisme, mais ma santé mentale n’a toujours pas intégré que je doive payer pour être critiquée (surtout que je le fais déjà très bien toute seule, merci).
Plus sérieusement, je ne mets pas en doute les compétences des Alpha/Beta lecteurs et compagnie. Ce que je remets en cause c’est la pratique de l’autoédition. C’est tout de même son propre texte qui est donné à lire, ce sont nos propres deniers qui sont utilisés pour au final se faire malmener – même gentiment. A quel moment quelqu’un s’est dit que c’était une brillante idée ? Bien sûr que le travail d’un éditeur consistera également à critiquer, annoter, modifier votre texte, mais la différence c’est que c’est lui qui vous paye pour cela. La démarche est différente, ne serait-ce que psychologiquement.
Editeur, est-ce encore un métier ? :
Est-ce que n’importe qui peut-être éditeur ? Est-ce vraiment l’image que l’on a de l’éditeur ? Celle que n’importe qui peut exercer ce métier ? Est-ce qu’un auteur peut vraiment être un bon éditeur (a fortiori pour ses propres textes) ? Un bon auteur peut-il être un bon éditeur ? Un bon éditeur peut-il être un bon auteur ?
Ces questions je me les pose régulièrement. Je ne crois pas qu’il y a de réponses définitives pour certaines, mais je demeure convaincue que tout le monde ne peut être éditeur et que tout le monde ne devrait être éditeur. Tout comme tout le monde ne peut être entrepreneur, tout le monde ne peut être éditeur. Je vois l’éditeur (et son équipe) comme une entité capable de faire des choix éditoriaux, capable de gérer le côté financier, marketing, vente, développement, logistique, légal, aussi à même de gérer les ressources humaines avec discernement. Tout cela j’en suis incapable, pas parce que je suis inculte mais parce que ce n’est pas le métier que je souhaite exercer. Je veux écrire des histoires et rien d’autre. Je ne veux pas me concentrer sur le travail annexe. Ce n’est pas mon rêve et cela ne l’a jamais été.

Conclusion :
C’est en tout ceci que je considère l’autoédition comme un échec. Pas un échec pour autrui, je ne cherche pas à dévaloriser le travail des autres, mais cela vous l’aurez compris. Me rendre compte aujourd’hui, que je suis pas l’autrice que je souhaitais être me pince le coeur. Je ne suis pas non plus l’éditrice que je devrais être. Je ne rentre pas dans le moule, pas dans les cases. Je ne me mets pas non plus dans les petits papiers des chroniqueuses ou des autres autoédités et cela dérange. Je n’ai pas envie de faire des efforts pour entrer dans le moule. je n’ai pas choisi la voie de l’art pour être un bon petit soldat, sinon j’aurais choisi un autre métier. L’écriture, c’était tout ce que j’avais, aujourd’hui, je n’ai plus rien. Plus d’un an que je n’ai pas écrit un mot, cela me manque bien sûr mais je n’y arrive plus car mon métier d’écrivaine n’en est pas un, car je le fais mal à ce qu’il semble.
Faut-il alors que je me transforme en femme d’affaire pour gérer la création de contenu, l’écriture et le reste ? Cette question reste ouverte et le restera jusqu’à ce que je retrouve la volonté d’écrire, si elle revient un jour.
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Merci pour ce témoignage. C’est triste que ça n’est pas marché comme tu le voulais. Je n’y connais pas grand chose, je ne suis pas encore édité et je ne sais pas si je le serais un jour, mais ça confirme ce que j’entends de tous les côtés, il n’y a qu’une poignée qui arrive à vivre de l’écriture. Je pense que pour l’autoédition c’est la même chose, il y en a beaucoup qui tentent mais seule une minorité réussit.
C’est dommage qu’il n’y ait pas plus d’entraide chez les auto-édités, comme tu le dis, cela demande beaucoup de compétences et il est possible de les partager, comme il est possible de partager son réseau pour faire connaitre ses écrits. Je pense qu’il y a tout à gagner à s’entraider.
J’espère que tu vas arriver à surmonter ce passage difficile et que tu retrouveras le gout à l’écriture.
Merci de ton commentaire. En vérité, l’écriture est comme tous les milieux : il y a du bon, du très bon et du mauvais. J’ai rencontré des personnes formidables et d’autres qui sont un peu trop différentes de moi pour que je puisse les apprécier.
La compétition constante m’agace, je n’ai pas « signé » pour ça. Je n’ai pas envie de décourager les autres auteurs, mais il faut vraiment être très accroché et motivé pour réussir. Savoir développer beaucoup de compétences et avoir tout de même de l’argent. Une couverture se paie, les corrections, les achats de stocks, les ISBN, la création de site web, de logo etc bref, beaucoup de choses que l’on ne pense pas en amont.
Je suis entièrement d’accord, l’entraide et le partage doivent toujours être au coeur de l’humain ^^